Le différentiel de type A et le différentiel de type AC ne surveillent pas les mêmes formes de courant de fuite. Confondre les deux revient à laisser des circuits entiers sans protection adaptée. Avec la publication de la série NF C 15-100 en août 2024 et son application progressive par le Consuel, les exigences ont encore évolué.
Courant pulsé et composante continue : ce que le type AC ne voit pas
Un différentiel AC détecte uniquement les défauts de courant alternatif sinusoïdal pur. Ce signal correspond aux charges résistives classiques (convecteurs, ampoules incandescentes, prises alimentant de petits appareils sans électronique de puissance).
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Le problème survient dès qu’un redresseur, un variateur ou un convertisseur entre en jeu. Ces composants déforment le courant de fuite : il devient pulsé, parfois avec une composante continue. Un différentiel AC ne déclenche pas, ou déclenche trop tard.
Le différentiel de type A détecte les courants sinusoïdaux et pulsés. Son tore de détection et son circuit électronique analysent les deux formes de signal. Nous observons en pratique que les courants de fuite pulsés apparaissent sur la majorité des équipements récents : plaques à induction, lave-linge à moteur brushless, pompes à chaleur inverter, bornes de recharge pour véhicule électrique.
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Série NF C 15-100 édition 2024 : nouvelle répartition des différentiels A et AC
La série publiée le 23 août 2024 remplace la version 2002 et ses amendements A1 à A5. Elle éclate la norme en 21 documents distincts. Le Consuel applique ces textes aux installations rénovées depuis septembre 2025, et aux bâtiments neufs depuis avril 2026.
Exigence minimale pour tout logement
La partie 10 de la norme impose au moins deux protections différentielles 30 mA, dont une de type A, dans chaque logement. Cette règle s’applique même sans plaque induction, sans borne IRVE et sans lave-linge raccordé sur un circuit dédié.
Le maximum reste fixé à 8 circuits par dispositif différentiel. Dépasser cette limite entraîne un refus de conformité au passage du Consuel.
Circuits imposés en type A
La norme désigne explicitement les départs suivants :
- Circuit plaque de cuisson ou cuisinière électrique, en raison du redresseur intégré aux foyers à induction
- Circuit lave-linge, dont le moteur à vitesse variable génère des courants pulsés au démarrage et à l’essorage
- Circuit lave-vaisselle, pour les mêmes raisons liées à l’électronique de commande du moteur
- Circuit dédié à une borne IRVE monophasée, où le chargeur embarqué du véhicule produit une composante continue significative
Tout autre circuit (éclairage, prises standard, chauffage résistif, VMC sans variateur) peut rester sous un différentiel AC.
Borne IRVE monophasée : pourquoi le type A seul peut ne pas suffire
Sur le papier, la NF C 15-100 impose un type A pour le circuit de recharge monophasé. En pratique, certains chargeurs embarqués (notamment sur des véhicules asiatiques récents) génèrent un courant de fuite à composante continue lisse supérieure à 6 mA.
Un différentiel de type A classique peut se saturer face à cette composante continue et perdre sa capacité de déclenchement. Nous recommandons dans ce cas un différentiel de type F, voire de type B, selon la fiche technique de la borne installée. Le fabricant de la borne précise généralement le type de protection requis dans sa notice.
Ne pas vérifier ce point expose à un défaut silencieux : le différentiel reste fermé alors qu’un courant de fuite dangereux circule.

Tableau électrique : répartir les circuits entre type A et AC sans gaspiller de modules
Nous constatons deux erreurs fréquentes lors du câblage d’un tableau résidentiel.
La première consiste à placer tous les circuits sous des différentiels de type A. C’est techniquement valide (un type A protège aussi contre les défauts sinusoïdaux), mais le surcoût est notable. Un interrupteur différentiel type A coûte sensiblement plus cher que son équivalent AC, et multiplier les modules A sans nécessité alourdit le budget sans gain de sécurité.
La seconde erreur est inverse : regrouper trop de circuits sous un seul différentiel A pour économiser un module, en dépassant la limite de 8 circuits. Le Consuel refusera l’installation.
Méthode de répartition efficace
Nous recommandons de procéder par élimination. Listez d’abord les circuits qui imposent un type A (plaque, lave-linge, lave-vaisselle, IRVE). Regroupez-les sous un ou deux interrupteurs différentiels A selon le nombre total de départs. Affectez ensuite les circuits restants (éclairage, prises, chauffage) sous des différentiels AC, en respectant le plafond de 8 circuits par dispositif.
Un tableau bien équilibré comporte au moins un type A et un type AC, jamais un seul différentiel pour l’ensemble du logement. La norme l’interdit explicitement depuis l’édition 2024.
Calibre 40 A ou 63 A : ne pas confondre sensibilité et intensité nominale
La sensibilité différentielle (30 mA dans le résidentiel) et le calibre en ampères ne mesurent pas la même chose. Le 30 mA définit le seuil de déclenchement sur un courant de fuite. Le calibre (40 A ou 63 A) indique l’intensité maximale que le dispositif supporte en fonctionnement permanent.
Un interrupteur différentiel 40 A convient pour une rangée dont la somme des calibres des disjoncteurs divisionnaires ne dépasse pas 40 A en charge simultanée. Pour un abonnement supérieur ou une rangée fortement chargée (four, plaque, lave-linge sur le même différentiel), le 63 A s’impose.
Le choix entre A et AC reste indépendant du calibre. Un différentiel type A existe en 40 A comme en 63 A, et inversement pour le type AC.
Un dernier point souvent négligé : testez le bouton de test de chaque différentiel tous les six mois. Ce bouton simule un courant de fuite et vérifie que le mécanisme de coupure fonctionne. Un différentiel dont le bouton test ne déclenche plus la coupure doit être remplacé sans délai, quel que soit son type.

